Interviews des artistes lauréats des défis

Cosette Patarot

Lauréate du défi “Portrait de célébrité" (Mai / Juin 2010)


1 / Depuis quand pratiquez-vous votre art ?
Je suis artiste peintre et ma meilleure école a été de copier au Louvre.

2 / Comment vous est venue cette passion ?
Je me suis, au fils du temps, spécialisée dans les portraits.
Je fais parler les différentes facettes des visages, tout en gardant un langage juste, avec exactitude.

Copiste au Louvre, j'ai aimé cheminer sur les gestes des plus grands artistes peintres, afin d'y rechercher ma propre identité. C'est mon ami et fin créateur, Ljubomir Milinkov, qui m'a conduit vers la copie. Ljubomir, je l'ai découvert à l'âge de quinze ans. Il avait déjà une bonne maîtrise de l'art.

Beaucoup plus tard, une vingtaine d'années après, on s'est retrouvé. Il m'a beaucoup encouragé et m'a dit : “Cosette si tu veux progresser copie des maîtres”. Aussitôt dit , aussitôt fait....mes premières copies furent plusieurs de ses peintures...

S' il est un art peu connu en France et souvent décrié, s'il est un art apprécié à l'étranger par les amateurs et les collectionneurs, c'est bien celui de la copie de Maître. Tous les grands peintres , notamment ceux de la Renaissance, ont été copiés, et le sont encore... Ainsi sommes-nous 150 copistes dont 30% d'étrangers, nullement incommodés qu'on nous regarde peindre, flattés même d'avoir attiré l'attention des visiteurs.

Mais qu'est-ce qu'un copiste ?
  • Celui qui reçoit l'autorisation de copier une oeuvre au Louvre.
  • La copie doit être d'une taille supérieure ou inférieure de 1/5 ème de la hauteur et la largeur de l'original.
  • Le copiste n'est pas autorisé à reproduire la signature du Maître.
  • Lors de l'entrée de la toile vierge au Musée, celle-ci est tamponnée au recto et au verso.
  • La responsable des copistes du Louvre appose sur le verso de la toile, le numéro d'autorisation, la date d'entrée et de sortie.
  • Un copiste ayant terminé sa copie ne peut en commencer une autre avant d'avoir retiré la première de l'enceinte du Musée.
  • Pour qu'une copie puisse être cédée, il faut que l'oeuvre originale soit du ressort du domaine public, c'est à dire que son auteur soit décédé depuis plus de 70 ans.

Une belle copie relève-t-elle du grand Art et d'un savoir faire?
La copie demande de la rigueur dans la traduction, comme la musique, il faut l'ajuster convenablement. Elle correspond toujours pour l'artiste, à un coup de coeur, à une envie de se dépasser soi-même, de comprendre les secrets du maître, de s'approprier un peu de son génie.

Les copistes sont les continuateurs d'une longue tradition. Au XIXe siècle ils encombraient les salles du musée. On rencontrait aussi bien des apprentis artistes avec leur maîtres, que des jeunes filles de bonne famille venant s'initier à l'art ou des professionnels essayant de vivre de la vente de ces reproductions. Des "grands Maîtres" ont ainsi commencé leur carrière tels que Delacroix, Degas, Matisse et Van Gogh.

L'histoire de l'art s'est aussi façonnée par les réinterprétations successives d'artistes trouvant leur place au Louvre et servant à leur tour de relais pour les générations suivantes.

Pour pouvoir mieux partager cette passion , j'ai voulu, par la suite, réaliser plusieurs salons des copistes. Je voulais que le public découvre nos réalisations et notre plaisir....

Suite à mes études au Louvre, certains maîtres m'ont plus séduite que d'autres. Je me suis attardée sur trois peintres français: Delacroix, Géricault et Ingres.

Géricault était l'ami de Delacroix, Ingres son rival. Delacroix et Ingres avaient pourtant une technique bien différente. Delacroix créant des chefs-d'oeuvre par la puissance exceptionnelle de son imagination, projetant sa philosophie et ses rêves... Ingres, artiste de génie, son unique ambition est de ressembler et de continuer l'art des anciens, des grands maitres. C' est un conservateur des bonnes doctrines... Je me suis plus attachée à la vie de Delacroix , en découvrant  son Journal. Delacroix avait un défaut de mémoire , il prit la résolution d'écrire son Journal au jour le jour. Ces écrits ont été pour moi d'une grande richesse. J'ai pu être témoin de toute ses pensées... Delacroix était marqué par l'art du passé. Rubens était son Mentor. Comme lui, il faut copier les anciens, sans être prisonnier de leur exemple. (fidèle à la tradition et pourtant plein de nouveauté) L' important est  que le Maître accorde à la copie, une place dans la formation d'un jeune peintre. Il recommandait de s'instruire devant les tableaux du musée, mais il n'était pas question de faire des copies exactes; “c'était plutôt à des esquisses d'après les maîtres qu'il me fallait travailler”

3 / Quel est votre parcours artistique ?
1961, naissance à Bourbonne les Bains en Champagne
1977, s'installe à Paris pour exercer dans le dessin
1978/79, étude aux Arts Décors de Paris
2001/07, copiste au Louvre
2006/07, enseigne l'art du dessin et de la peinture dans un CAT (CAT L'Espérance 47, rue de la Harpe 75005 Paris)
J'expose régulièrement et aime faire partager ma passion.

4 / Quelles sont vos techniques favorites ?
Mon goût pour le portrait est né de mon soucis de justesse, de précision, mais surtout de peindre dans un visage toute la fragile beauté du monde, tout son mystère intemporel... J'aime bavarder avec la chair de mes modéles et la faire revivre et respirer,  vibrante et nue comme éternelle...

J'ai gardé la méthode ancienne des maîtres, avec glacis, par transparence (couleur transparente appliquée en couche mince sur une autre couleur)

A travers le portrait, le pinceau glisse. Je travaille le visible et l'invisible, je joue avec la lumière, les ombres et les couleurs. En entrant dans les détails, je peins un caractère, une expression, un sentiment, la face cachée, une âme. J'essaie de transmettre la joie de vivre.

“ Le profil de l'inconnu, le réel incisif, sans concession, sans cruauté, une lueur qui s'épanouit en symbole...”

Expositions 2010
  • " Portraits à travers le monde", Du 15 décembre 2009 au 31 janvier 2010, KIM LIEM, restaurant vietnamien, www.kimlien.fr

  • Le Centre Culturel Arabe Syrien de Paris expose Cosette Patarot " L 'Âme des portraits " Du 24 mars au 2 avril 2010, 12 avenue de Tourville 75007 Paris, métro: École Militaire. Vernissage, le mercredi 24 mars 2010 de 18h30 à 20h30. www.centreculturelsyrien.info


  • Les Journées d'amitié spiritaine les 11, 12 et 13 juin 2010, 30 rue Lhomond, Paris 75005

  • Septembre 2010, Boutique d'Art “Vivement Demain”, 14, Place du chatelain 1000 Bruxelles

  • du 21 novembre au 22 décembre 2010, Galerie Mailletz, 17, rue du petit pont 75005 Paris


“INITIATION A L'ART DU PORTRAIT”
Qu' est-ce qu'un  portrait ? Qu' exige-t-il des artistes ?

“ Avec à peine une centaine de centimètre carrés, la surface du visage est sans doute la fraction du monde la plus porteuse de sens et la plus apte à la métamorphose.” ( Gottfried Boehm)

Le  portrait c'est le devoir de la ressemblance.. Les cours ont pour but de donner les bases sur le dessin et la colorimétrie du visage.

Les travaux entrepris
  • Pour réaliser un portrait réaliste, il est essentiel de bien comprendre la structure du crâne.
  • Géométrie du visage et le respecte des  proportions. ( face, profil, trois quarts)
  • le dessin  des expressions: le détail permet de souligner l'effet de perspective
  • La perspective de son résultat dépend de la réussite du portrait.
  • L'autoportrait (étude réalisée devant le miroir)
  • L'art du portrait réside dans le juste rendu des teintes chair. (suggérer au mieux les mille et une nuances de la peau)

Merci beaucoup de m'avoir accordé cette interview et je vous renouvelle toutes mes félicitations.

Interview réalisée le  1er juillet 2010

Galerie de l'artiste

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http://www.defis.galerie.quelquesraresqualites.frWebmestre : Sylvie Blas - lundi 3 janvier 2011